Du 26 avril au 6 mai 2026, les étudiants de l’École nationale supérieure du paysage (ENSP), École d’ingénieurs Paoli Tech | Università di Corsica et l’Université agricole de Tirana se sont réunis à Tirana dans le cadre du projet FEAST (Food Sovereignty, Ecotourism, Agroecology and Sustainable Territory). Un workshop interuniversitaire pour analyser les défis de l’oléiculture albanise et proposer des solutions inspirées des expériences menées à Marseille et en Corse pour proposer des modèles transférables en Méditerranée.
Soutenu par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le projet FEAST vise à renforcer la capacité des territoires méditerranéens à repenser leur rapport ville-campagne, en faisant de l’agroécologie un moteur de transition écologique, économique et sociale. Il associe la Ville de Marseille, la commune d’Arghjusta è Muricciu (Corse du Sud), la communauté de communes Lisula Balagna (Haute Corse), et la Municipalité de Tirana.
Immersion sur le terrain : découvrir Tirana et ses contrastes
Pendant dix jours, des étudiants en agronomie, paysage et urbanisme ont exploré Tirana et ses alentours pour comprendre les dynamiques locales. Entre visites de terrain (moulins à huile, oliveraies, parcs urbains, crêtes et plaines agricoles) et rencontres avec les acteurs locaux (oléiculteurs, représentants de la municipalité), ils ont pu observer les contrastes d’une ville en pleine mutation, où modernité et traditions coexistent.
Cette immersion au cœur des enjeux albanais a permis de décrypter les tensions autour du patrimoine agricole et en particulier du secteur oléicole :
- L’extension urbaine, qui menace les terres agricoles, les espaces naturels et la préservation des paysages.
- La gestion des ressources abondantes (eau, sols fertiles) face aux défis environnementaux (pollution, érosion).
- Le manque de valorisation du patrimoine culturel et agricole (parcs sous-utilisés, connexions piétonnes inexistantes).
Rendus étudiants : 6 visions pour Tirana à travers les oliviers …
Réunis en groupes de travail interdisciplinaires, les étudiants ont conduit une étude sur deux grands axes traversant la ville, en élaborant des visions d’avenir pour l’agriculture urbaine à Tirana. Leurs propositions illustrent comment l’agriculture peut structurer l’espace urbain, répondre aux défis climatiques, créer de nouveaux paysages, tout en soutenant une production locale viable, dans la perspective de l’adhésion de l’Albanie à l’Union européenne.
Des parallèles avec les territoires de Marseille et de Corse ont été établis pour s’inspirer de modèles où agriculture, urbanisme et écologie cohabitent harmonieusement.
Groupe d’étude : The Olive Core
L’étude s’inscrit sur les collines de Malsubash, à l’ouest de Tirana, contreforts du Dajti reliant la capitale à la côte et Durrës. Traversées par une autoroute mais épargnées par une urbanisation massive, ces collines abritent des villages où l’oléiculture millénaire persiste, bien que certains voient leur activité décliner.
Une étude pour renforcer l’agrosystème par la replantation d’oliviers, un réseau de sentiers et des infrastructures (guesthouse) pour l’agrotourisme et le woofing. Elle propose aussi la valorisation du patrimoine via un éco-musée et des hubs d’échange entre agriculteurs, ainsi qu’une gestion des pentes avec la structure locale QOAT pour lutter contre l’érosion.
Sites clés
- Marikaj : moulin à huile familial (Subashi), acteur pionnier de l’agrotourisme.
- Vorë : point routier stratégique avec un point de vente pour valoriser les produits locaux (huile d’olive).
- Picar : porte d’entrée d’un parc naturel, avec une maison du parc pour accueillir les visiteurs.
- Réseau de chemins : relie les sites entre eux, avec une lutte contre l’érosion des terrains grâce à une densité végétale accrue.
Un modèle transposable en Corse (Balagne, Castagniccia), où l’olivier et l’agrotourisme pourraient structurer le territoire, et à Marseille (Massif de l’Étoile) pour développer sentiers pédestres et valorisation des produits locaux.
Ce modèle est transposable à Marseille (ex. La Valentine, Sainte-Marthe) avec un agriparc pour maîtriser l’urbanisation (circuits courts, espaces nourriciers), et en Corse à travers des réserves foncières agricoles dans les zones périurbaines (ex. Ajaccio, Bastia).
Groupe d’étude : Gourmet City
L’étude se situe dans la plaine nord de Tirana, où l’urbanisation spontanée (maisons individuelles) fragmente les dernières terres agricoles. Zone de subsistance (maraîchage, vergers) en voie de disparition face à la pression foncière.
Une étude qui propose d’utiliser l’agriculture comme outil d’urbanisme via un système de « barettes agricoles », avec quatre types de parcelles pour structurer l’espace : le pâturage (ferme pédagogique et méthanisation des déchets organiques), la parcelle productive (agriculture intensive pour nourrir le quartier, avec couloirs de transhumance), le marché-jardin (parc productif avec vente directe, jardins partagés et équipements publics) et la forêt (système agroforestier expérimental pour la résilience climatique, l’éducation et la restauration).
Sites clés
- Parcelles agricoles : espaces figés et préservés au cœur de l’urbanisme.
- Connexions est-ouest : lien entre les oliveraies des collines et les cultures de la plaine.
Etude : The Albanian Cultural Landscape Observatory
L’étude porte sur les coteaux nord-est de Tirana, en terrasses agricoles, entre la plaine urbaine et les massifs montagneux. Zone de culture traditionnelle (oliviers, vignes) et de gestion hydrique ancestrale (bassins de rétention), mais menacée par l’urbanisation et la standardisation des pratiques.
Préserver et valoriser le paysage agricole via l’agroécologie (méthodes peu mécanisées comme les haies ou les cultures associées pour limiter l’érosion et favoriser l’infiltration de l’eau), la labellisation (PDD, PGI, Demeter) pour valoriser les produits, le tourisme culturel (mise en avant des pratiques traditionnelles comme les Këngë Kreshnikësh et des paysages mythiques) et l’intégration dans des zones naturelles protégées pour lier biodiversité et patrimoine.
Sites clés
- Terrasses agricoles : espaces à préserver pour leur rôle écologique et paysager.
- Villages de piémont : lisières entre montagne et plaine, à développer pour l’agrotourisme.
Transfert possible en Corse avec la valorisation des terrasses agricoles (ex. Balagne) et des savoir-faire locaux, et à Marseille avec l’intégration des pratiques traditionnelles dans les parcs périurbains (ex. Massif de l’Étoile).
Ce modèle est transposable à Marseille (Campus de Luminy) pour la gestion des eaux pluviales et l’intégration de la biodiversité, et en Corse (Campus de Corte) pour des aménagements légers connectant les espaces naturels et agricoles.
Groupe 6 : Water’s Campus Park
L’étude concerne le campus agricole de l’UBT, situé au nord-ouest de Tirana, sur une pente herbeuse dominant la plaine et les montagnes. Espace non aménagé mais très vivant (jeux, pâturage, balades), il est déconnecté de la rivière Tirana et des grands axes routiers. Les problématiques incluent l’absence de drainage, de système d’assainissement et de connexion à la rivière.
Réconcilier l’espace avec l’eau tout en préservant sa liberté d’usage, via une gestion hydrologique (récupération des eaux pluviales, phytoépuration, mise en scène de la dépollution), des aménagements légers (végétalisation pour l’ombre, connexions douces vers la rivière partiellement dépolluée), l’amélioration des sols pour les pâturages et le maintien des usages existants (football, pâturage) avec des espaces polyvalents.
Sites clés
- Prairie en pente : espace central à végétaliser et connecter.
- Rivière Tirana : accès à dépolluer et intégrer dans le campus.
- Promontoire : point de vue sur la ville, potentiel pour un observatoire pédagogique.
Groupe 6 : Empowering the Rivers
La réflexion concerne la plaine agricole de Tirana, encadrée par deux massifs montagneux, où la rivière est canalisée, polluée (nitrates, déchets) et sujette aux inondations. L’urbanisation galopante a fragmenté les espaces naturels et agricoles.
L’étude propose de restaurer la santé de la rivière via la création d’une ripisylve (forêt alluviale) pour filtrer les polluants avant qu’ils n’atteignent la rivière, élargir la plaine inondable pour limiter les crues et l’érosion des berges, créer un corridor écologique (biodiversité, promenades, pistes cyclables) et sensibiliser les habitants à la gestion des déchets et à l’urbanisme respectueux des cours d’eau.
Sites clés
- Bandes riveraines : zones tampons non urbanisables, dédiées à la dépollution et à la biodiversité.
- Plaine agricole : gestion des ruissellements pour éviter l’eutrophisation.
Ce modèle est transposable à Marseille (Huveaune) pour la renaturation de la rivière avec des bandes préservées, et en Corse (Plaine du Taravo, bassin versant d’Arghjusta) pour l’application de la loi littorale afin de protéger les cours d’eau.
Etude : Towards a Park System
La ceinture sud de Tirana est marquée par une fragmentation des espaces verts (Jardin botanique, Grand Parc avec son lac, Parc Helen) et une pression urbaine croissante. Contrairement au nord de la ville, cette zone offre un accès immédiat à la nature depuis le centre-ville, avec des collines est et ouest encadrant la plaine.
L’étude propose un système continu de parcs structuré autour de l’olivier pour relier les espaces verts entre eux via des trames vertes (fonds de vallons, voies piétonnes) et renforcer les connexions écologiques. Il vise à clarifier les limites des parcs, intégrer des pratiques agricoles comme l’oléiculture, et ceinturer la ville pour limiter l’étalement urbain tout en offrant une continuité paysagère.
Sites clés
- Jardin botanique : espace de sensibilisation et de transmission des savoirs.
- Grand Parc et Lac : connexion renforcée avec le Jardin botanique via des espaces de transition (ex. promenades agricoles).
- Parc Helen : intégration dans un réseau cohérent, avec des usages mixtes (loisirs, production, biodiversité).
Ce modèle est transposable à Marseille, où il pourrait inspirer l’intégration de parcs périurbains comme le Massif des Calanques, en y associant des trames vertes et des espaces agricoles. En Corse, il offrirait une base pour structurer les zones périurbaines de Bastia ou Ajaccio avec des ceintures vertes, permettant ainsi de limiter l’étalement urbain.
